Le quai en granit rose couvert d’algues était très glissant. Je tombai rudement et m’écorchai salement les deux mains.

Anne ouvrit l'armoire à pharmacie. C'était une petite armoire métallique blanche et ornée d'une croix rouge directement accrochée au-dessus de l'égouttoir de l'évier. La douleur avait déclanché une de ces insoutenables migraines qui me gâchait la vie, provoquant des vagues de nausées et des battements de gong sous mon crâne. L'armoire à pharmacie, qui à un autre moment aurait été un objet d'une totale laideur, captait toute mon attention. Derrière le paquet de coton, les bandes de gaze et le désinfectant, allais-je voir apparaître la boîte d'aspirine absolument indispensable à ma survie ? Comment le sublime peut-il s'accrocher à des détails si ordinaires ? J'étais dans un tel état de souffrance que je ne l'entendis pas entrer dans la cuisine. Je sursautai en entendant sa voix :"Que se passe-il ? Un blessé ?"

Des marteaux dansaient le rock derrière mes sourcils. Je découvris un homme grand, très âgé, au regard très bleu et à l'allure magnifique.

Le sang arriva violemment dans tout mon corps.
L’ultime rencontre doit toujours se passer ainsi. Une voix claire qui étouffe le vacarme, un regard qui efface les murs, l’unique pièce manquante d’un puzzle aux contours infinis qui retrouve sa place et qui impose un sens au Tout avant qu’on l’ait cherchée.

 

yeux